Les 20 et 21 juin 2026, les membres de l’Association France Validation® se sont retrouvés à Paris pour un nouveau week-end associatif.
Ces rencontres permettent de partager les expériences et d’interroger les pratiques professionnelles. Elles permettent aussi d’approfondir des sujets liés au vieillissement et à l’accompagnement des personnes âgées.
Le samedi 20 juin, une partie des échanges a été consacrée à un sujet particulièrement sensible et d’actualité : la fin de vie et le droit à l’aide à mourir.
À cette date, le texte était encore en discussion au Parlement. La présentation, suivie d’échanges entre les membres de l’association, a permis d’en comprendre les principales dispositions mais aussi d’interroger ses implications éthiques et humaines, notamment pour les personnes âgées, dépendantes ou vulnérables.
Le droit à l’aide à mourir : un nouveau cadre pour la fin de vie

La présentation a été assurée par Marie-Yvonne George, gériatre, présidente d’un SSIAD de l’ADMR à Nancy et engagée au sein de comités d’éthique.
Elle est revenue sur l’évolution de la législation française concernant la fin de vie. Les lois Leonetti de 2005 puis Claeys-Leonetti de 2016 avaient déjà posé un cadre destiné à respecter la volonté des personnes malades et à éviter l’obstination déraisonnable.
Le texte présenté lors de la rencontre allait plus loin en instaurant un droit à l’aide à mourir, sous certaines conditions.
La personne peut s’administrer elle-même la substance létale. Si elle n’en est pas physiquement capable, celle-ci peut être administrée par un médecin ou un infirmier.
Les termes « euthanasie » et «suicide assisté» ne sont toutefois pas ceux retenus par la loi, qui parle d’«aide à mourir».
Quelles sont les conditions pour accéder à l’aide à mourir ?
Cinq conditions cumulatives ont été présentées lors de la conférence. La personne doit :
- être majeure ;
- être française ou résider de façon stable et régulière en France ;
- être atteinte d’une affection grave et incurable engageant son pronostic vital, en phase avancée ou terminale ;
- présenter une souffrance physique ou psychologique liée à cette affection, constante et réfractaire aux traitements ou jugée insupportable par la personne lorsqu’elle a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter un traitement ;
- être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée.
Ce dernier critère a particulièrement nourri les échanges entre les membres de l’Association France Validation® : comment s’assurer de ce que souhaite réellement une personne ? Comment entendre sa demande et apprécier sa capacité à exprimer une volonté libre et éclairée ?
Ces interrogations prennent une résonance particulière lorsqu’il s’agit d’accompagner des personnes âgées fragilisées ou présentant des troubles cognitifs.
Une procédure médicale encadrée
La demande d’aide à mourir est adressée à un médecin chargé de vérifier les conditions d’éligibilité.
Celui-ci doit notamment informer la personne sur son état de santé, ses perspectives d’évolution, les traitements disponibles ainsi que les possibilités d’accompagnement et de soins palliatifs.
L’évaluation repose sur une procédure collégiale associant plusieurs professionnels. La personne conserve par ailleurs la possibilité de revenir sur sa demande.
Au moment de la conférence, ces dispositions étaient encore celles d’un texte en discussion. Elles ont depuis évolué au fil du parcours parlementaire avant l’adoption définitive de la loi.
Aide à mourir en EHPAD : quelle place pour les établissements et les professionnels ?
La question concerne directement les établissements médico-sociaux et notamment les EHPAD.
La présentation a permis d’aborder la possibilité que l’aide à mourir soit mise en œuvre dans le lieu de vie de la personne, y compris dans sa chambre en établissement.
Elle a également mis en lumière la clause de conscience prévue pour les professionnels concernés. La direction d’un établissement n’a pas à intervenir dans la décision médicale individuelle, mais la mise en œuvre du dispositif soulève nécessairement des questions d’organisation, de positionnement professionnel et d’accompagnement.
Au-delà du cadre légal, une interrogation demeure alors essentielle : comment continuer à accompagner la personne jusqu’au bout, dans le respect de sa parole, de ses choix et de sa dignité ?
Aide à mourir, sédation profonde et soins palliatifs : des réalités différentes
Les échanges ont également permis de distinguer trois notions qui peuvent parfois être confondues.
Les soins palliatifs ont pour objectif de soulager les souffrances et d’accompagner la personne atteinte d’une maladie grave, sans provoquer intentionnellement son décès.
La sédation profonde et continue jusqu’au décès, déjà prévue par la loi Claeys-Leonetti dans certaines situations, vise à supprimer la perception d’une souffrance réfractaire chez une personne répondant aux conditions légales.
L’aide à mourir, quant à elle, repose sur l’administration d’une substance létale dans l’objectif de provoquer le décès, à la demande de la personne et dans les conditions prévues par la loi.
La discussion a ainsi rappelé combien le développement des soins palliatifs demeure un enjeu majeur de l’accompagnement de la fin de vie.
Aide à mourir et éthique du soin : des questions essentielles
La conférence n’avait pas vocation à apporter une réponse unique à un débat aussi complexe.
Différents arguments favorables ou défavorables à l’aide à mourir ont été présentés.
Certains concernent le respect de l’autonomie, le libre choix et la volonté de mettre fin à des souffrances jugées insupportables.
D’autres interrogent la place de l’acte létal dans le soin et la relation de confiance avec les professionnels. Le risque de pression sur certaines personnes vulnérables a également été évoqué.
Les positions de plusieurs institutions ont également été évoquées, parmi lesquelles le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), les ordres professionnels et la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP).
Au cœur de ces différentes positions demeure une préoccupation commune aux échanges du week-end : la place accordée à la personne et à sa parole.
Ces questionnements prolongent les réflexions menées par l’association autour de l’éthique et de l’accompagnement des personnes âgées.
Comment entendre ce que veut réellement la personne ?
Les échanges entre les participants ont précisément porté sur cette question.
Une situation relatée au cours de la rencontre concernait une personne atteinte d’une sclérose en plaques avancée, très dépendante et isolée, qui exprimait clairement son souhait de mourir. La mobilisation d’une équipe de proximité, des soins palliatifs et la recherche d’un médecin traitant ont permis de renforcer son accompagnement. Sa demande de mourir s’est alors retirée.
Cette expérience ne permet évidemment pas de tirer une conclusion générale. Elle rappelle néanmoins combien une demande exprimée à un moment donné peut être liée à une situation complexe faite de souffrance, d’isolement, de perte d’autonomie et de besoin d’accompagnement.
Elle conduit à une question fondamentale : comment écouter une demande sans la minimiser, sans l’interpréter à la place de l’autre et sans projeter sur lui nos propres représentations ?
Quelle place pour la Validation® dans l’accompagnement de la fin de vie ?
Cette interrogation a naturellement conduit les participants à réfléchir à la place que pourrait occuper la Validation®.
La Validation® invite à rejoindre la personne dans ce qu’elle vit et ressent, avec une attitude empathique et sans chercher à corriger son expression.
Dans le contexte de la fin de vie, cette posture peut contribuer à ouvrir un espace d’écoute : laisser la personne exprimer une peur, une souffrance, une colère ou un désir, et tenter d’en comprendre au plus près la dimension émotionnelle.
Les participants ont néanmoins souligné une limite essentielle : la Validation® ne permet pas à elle seule d’établir le discernement d’une personne ni de déterminer son éligibilité à l’aide à mourir. Elle peut en revanche apporter des outils pour écouter, questionner et favoriser l’expression de la personne sans fermer sa parole.
Cette réflexion prend une importance particulière lorsque la communication devient difficile ou lorsque des troubles neuro-évolutifs sont présents. Elle rejoint également l’esprit du Soin Relationnel, qui place l’écoute empathique et la vie émotionnelle de la personne âgée au cœur de l’accompagnement.
Aide à mourir en Belgique : plus de vingt ans d’expérience
La rencontre s’est poursuivie avec un éclairage apporté par Marie-Claire Giard, Master en Validation®, assistante sociale retraitée ayant exercé notamment en hôpital gériatrique et en maison de repos et de soins en Belgique.
La Belgique dispose d’une expérience de plus de vingt ans puisque la loi relative à l’euthanasie y a été promulguée en 2002.
Marie-Claire Giard a partagé son expérience professionnelle et évoqué deux situations d’euthanasie rencontrées dans son établissement. Ces témoignages ont notamment mis en évidence l’importance du travail avec la personne, sa famille et le réseau professionnel pour construire un accompagnement individualisé.
Cette expérience belge a également permis d’aborder la question particulière des personnes présentant des troubles cognitifs et celle de la planification des soins en fin de vie.
Présence, écoute et attention : accompagner jusqu’au bout
Pour prolonger la réflexion, Marie-Yvonne George a également recommandé l’intervention du Dr Sarah Dauchy, psychiatre et présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie : « Mieux accompagner la fin de vie à domicile, comment ? »
Présence, écoute, attention partagée et intelligence émotionnelle sont au cœur de cette intervention, qui fait écho à plusieurs principes chers à l’Association France Validation® : ne pas fermer la parole de l’autre et préserver la relation jusqu’au bout.
Voir la vidéo « Mieux accompagner la fin de vie à domicile, comment ? »
Où en est la loi relative au droit à l’aide à mourir depuis cette conférence ?
Lors du week-end associatif du 20 juin, le parcours parlementaire était encore en cours. Depuis, plusieurs étapes décisives sont intervenues.
Le 1er juillet 2026, constatant les profondes divergences entre l’Assemblée nationale et le Sénat, la commission des affaires sociales du Sénat a approuvé une motion opposant la question préalable au texte. Le 7 juillet, le Sénat a adopté cette motion, entraînant le rejet de la proposition de loi.
Le 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale, à laquelle la Constitution permettait de donner le dernier mot, a définitivement adopté la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir.
Le texte a ensuite été soumis au Conseil constitutionnel. Le Président du Sénat l’a saisi le 16 juillet. D’autres saisines ont suivi, émanant notamment du Premier ministre, de plus de soixante sénateurs et de plus de soixante députés. Dans sa décision du 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a déclaré la loi conforme à la Constitution, tout en formulant plusieurs réserves d’interprétation concernant sa mise en œuvre.
Le 18 août 2026 la loi n° 2026-794 du 18 août 2026 relative au droit à l’aide à mourir a finalement été promulguée par le Président de la République.
Continuer à questionner nos pratiques d’accompagnement
Au-delà du cadre législatif, les échanges de ce week-end associatif ont fait émerger une interrogation qui traverse profondément les pratiques de soin et d’accompagnement : comment entendre au plus juste ce que souhaite une personne, particulièrement lorsqu’elle est âgée, vulnérable ou que sa communication devient difficile ?
La nouvelle loi apporte désormais un cadre juridique au droit à l’aide à mourir. Elle ne fait pas disparaître pour autant les questionnements éthiques, relationnels et professionnels qui accompagnent la fin de vie.
Écouter sans projeter, reconnaître les émotions, chercher à comprendre ce que la personne exprime et maintenir une présence humaine jusqu’au bout : autant de dimensions qui continueront à nourrir les réflexions et les échanges au sein de l’Association France Validation®.